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Riyad et Abou Dhabi : quand leurs stratégies se jouent dans l’espace

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Le 21 mai 2023, la saoudienne Rayyanah Barnawi devient la première femme arabe à aller dans l’espace. Elle devance alors Nora Al Matrooshi, première femme arabe sélectionnée et nommée par l’Agence spatiale émiratie en 2021. Cet épisode témoigne de la volonté de ces pays de ne plus être de simples observateurs de l’aventure spatiale. Cette ambition est aujourd’hui partagée par de plus en plus de pays émergents, qui y voient un levier majeur d’innovation technologique et de reconnaissance sur la scène internationale.

En s’intéressant plus particulièrement à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis (EAU), nous verrons que dans un système international de plus en plus déstabilisé par des conflits, notamment au Moyen-Orient, cette conquête spatiale des puissances du Golfe dépasse le simple enjeu scientifique pour illustrer une rivalité et une ambition d’autonomie stratégique.

L’espace au cœur de la stratégie de développement et de l’après-pétrole

Le prince saoudien Mohammed ben Salmane.
Le prince saoudien Mohammed ben Salmane.
Mohammed ben Zayed, président des Émirats arabes unis.
Mohammed ben Zayed, président des Émirats arabes unis.

Historiquement fondées sur la rente pétrolière, les pétromonarchies du Golfe sont de plus en plus contraintes de préparer une économie « d’après-pétrole ». Cette énergie fossile est non renouvelable et sa raréfaction rendra cette ressource financièrement inaccessible.

C’est pour cette raison qu’en 2016, Mohammed ben Salmane, prince héritier de l’Arabie saoudite, lança le projet Vision 2030. De ce plan découlent plusieurs programmes de transformations économiques et sociétales. Dans cet élan de modernisation et de diversification, l’activité spatiale est un pilier significatif. En finançant deux sièges à bord de la mission privée d’Axiom en 2023, Riyad a pu envoyer deux astronautes au sein de la Station spatiale internationale, dont Rayyanah Barnawi.

C’est le cas aussi des EAU qui deviennent, en 2021, le cinquième pays au monde à envoyer une sonde en orbite autour de Mars. Cette mission, baptisée Hope, s’inscrit dans une dynamique ambitieuse de redéfinir leur rôle à l’international.

En investissant dans ces projets d’innovation, Riyad et Abou Dhabi diversifient leurs industries, développent des compétences locales et contribuent à augmenter la fierté nationale. Par ailleurs, c’est aussi une question d’image et de reconnaissance internationale. En développant leur soft power, ils s’affichent comme des pays modernes et progressistes, ce qui leur permet aussi de se défaire d’une vision occidentale sur le Moyen-Orient. Enfin, c’est en créant des liens et partenariats internationaux qu’ils s’imposent comme acteurs de confiance indispensables, pour s’élever au rang de puissance moyenne.

Les outils orbitaux au service de la sécurité et de la souveraineté nationale

Cependant, le développement de tels outils peut être compris de façon bien différente. Bien que certaines missions aient un but purement civil, d’autres projets, tels que les satellites d’observation et de communication KhalifaSat émirati ou SGS-1 saoudien, ont plutôt un objectif géopolitique et militaire.

Dans un contexte d’instabilité croissante au Moyen-Orient avec la crise du détroit d’Ormuz, la menace iranienne et la guerre au Yémen, les outils spatiaux deviennent des ressources stratégiques pour maîtriser l’environnement : accès aux renseignements, communications, surveillance des frontières et des activités militaires.

Par exemple, en 2014, les EAU ont signé un contrat avec la France pour acquérir deux satellites de reconnaissance militaire optique à haute résolution, nommés Falcon Eye. De la même façon, l’entreprise privée saoudienne SpaceBelt KSA a signé, fin 2025, un accord avec la société américaine iRocket afin de planifier jusqu’à trente lancements orbitaux pour créer un réseau de sécurisation des données face aux risques de cyberattaques.

Ces moyens répondent à une volonté de s’affranchir de la dépendance envers les systèmes de surveillance occidentaux et de s’affirmer comme puissances souveraines et autonomes.

Les ambitions de Riyad et Abou Dhabi : concurrence et convergence

La conquête spatiale reflète aussi des rapports de force au sein du Golfe. Au départ, les deux pays étaient partenaires, notamment dans la guerre au Yémen. Cependant, des fractures ont progressivement eu lieu avec le soutien de forces opposées au Yémen et en Somalie ou encore avec la sortie des EAU de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). L’espace devient un enjeu de distinction et de concurrence supplémentaire.

En créant le Groupe de coopération spatiale arabe en 2019, les EAU veulent s’imposer comme un pays ouvert, capable de fédérer et d’organiser le futur spatial arabe. L’Arabie saoudite, forte d’une stature historique et d’un poids économique plus important, déploie des ambitions plus globales de leader naturel du Moyen-Orient. Les investissements massifs ou les étapes symboliques telles que la mission Ax-2 en 2023 répondent à cette volonté d’affirmer leur prééminence régionale.

Malgré leur opposition, Riyad et Abou Dhabi emploient des méthodes convergentes : investissements, partenariats internationaux, politique d’attractivité, formation locale. De plus, plusieurs pays arabes ont lancé des programmes spatiaux et évoqué l’ambition d’aller sur la Lune. Ainsi, la simultanéité régionale crée une émulation où chaque succès de l’un pousse les autres à accélérer leurs calendriers pour maintenir leur rang.

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Ilham Zakaria

Ilham Zakaria est étudiante en troisième année de licence de Science Politique à Lyon. Elle est passionnée par les relations internationales et les enjeux géopolitiques concernant le Moyen Orient et le Maghreb.

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